
Grandes voies autour d’Annecy
Luc FSGT
Membre de Cordée 13
Participant·e·s : Inès, Yan et Cyril
Fin août, nous étions trois grimpeur·euse·s à partir pour une petite semaine explorer les grandes voies autour d’Annecy. Camp de base en Airbnb à proximité du lac, météo suffisamment coopérative, topo sous le bras et programme assez simple : découvrir le calcaire local, faire de la grande voie autant que possible, et conserver quelques créneaux pour aller vérifier la température du lac.
Premier constat assez rapide : autour d’Annecy, les cotations ne sont pas particulièrement généreuses. Le 5 se mérite, les points savent parfois se faire attendre, et l’approche a déjà participé à bien vous entamer. Ajoutez à cela des topos dont la lecture laisse parfois une certaine place à l’interprétation et des départs de voies pas toujours évidents à trouver : nous avons eu plusieurs occasions de travailler simultanément l’orientation, la patience et l’hydratation.

Heureusement, le cadre compense largement. Les falaises dominent un paysage très montagne, avec le lac jamais très loin, de grands rapaces qui semblent avoir décidé de surveiller les parois et, surtout, un calcaire sculpté de superbes cannelures. C’est probablement le type de grimpe qui nous aura le plus plu pendant le séjour : de beaux mouvements, beaucoup de placement, des pieds parfois subtils et des cannelures dans lesquelles on progresse tantôt en adhérence, tantôt en opposition. C’est esthétique, original et très plaisant. Les doigts sont toutefois un peu moins enthousiastes…
Après une tentative manquée de soirée couenne le jour de notre arrivée au secteur Grandes Suites, nous prenons un meilleur départ le lendemain avec « Là-bas si j’y suis » à Pierre Taillée : la GV de mise en jambes. Approche raisonnable, voie facile à localiser, pas trop longue et bien équipée, elle met tranquillement dans le bain. Chaque longueur comporte au moins un petit pas. La longueur en 5c+ hausse franchement le ton, avec un mouvement assez morpho pour aller chercher une prise dans une faille horizontale alors qu’un bombé complique l’équilibre. Une bonne illustration de ce que nous découvrirons toute la semaine : même dans les cotations modestes ce n’est pas de tout repos.
Yan lead la flèche et souhaite compléter une fois la voie terminée par un 6a voisin. Le rocher encore humide par endroits ne facilite pas l’affaire et la longueur s’avère franchement coriace.

La descente sera aussi l’occasion d’un petit atelier manip : réchappe sur arbre par rappel contre-assuré (façon GV après le milieu de corde), supervisé en visio whatsapp par Cyril : merci la 5g savoyarde qui capte même en haut des cimes ! Avant de partir sur nos deux rappels de sortie du jour, un nœud de huit apparu tout seul dans une corde nous rappelle qu’une corde laissée quelques minutes sans surveillance dispose apparemment d’une vie propre.
Seconde grande journée : tentative de « Dr Banjo » au Sapey, se poursuivant malencontreusement dans « Sapeyrlipoppette ». C’est la grande voie la plus marquante du séjour. L’approche demande déjà une bonne heure, voire davantage lorsqu’on rate la bifurcation à la sortie de la forêt, information que l’on acquiert évidemment après avoir raté ladite bifurcation.

Inès lead la 1ère moitié. La première longueur comporte un passage physique, puis on progresse sur l’arête. Quelques longueurs plus tard, nous manquons la traversée permettant de continuer dans Dr Banjo et nous retrouvons sur Sapeyrlipoppette. Plutôt que de lutter contre le destin, nous décidons donc de poursuivre par cette grande classique du coin.
Après un rappel d’environ 25 mètres dans la GV permettant de rejoindre le relais suivant, Yan prend la suite en tête.
Et c’est là que les cannelures entrent véritablement en scène. Une très belle longueur en 6a demande de progresser dans de profondes sculptures du calcaire, avec des mouvements inhabituels et pas toujours faciles à lire. La suite continue dans le même esprit avec une superbe dernière longueur en 5c+ en cannelures légèrement traversantes. Les points peuvent être assez éloignés et la cotation n’est, là encore, pas donnée. Plusieurs relais sont à construire sur lunules ou sur arbres.

La sortie par le haut et le retour par le col de la Buffaz ajoutent encore environ 1 h 30 à l’aventure.

La 3eme grande journée nous avons aussi tenté « Les Menthonais » au Biclop, secteur victime de son succès. Après trois longueurs patinoires et un 5c en dièdre plutôt athlétique, décision collective de redescendre : pas suffisamment de plaisir pour justifier de poursuivre. L’équipement contribue d’ailleurs à notre réticence : nous avons rencontré quelques points vieillissants, rouillés ou même ouverts.. !


L’avantage d’Annecy est qu’un abandon de grande voie peut assez rapidement être reconverti en baignade. Direction le lac pour le second plouf du séjour, avant de finir la journée en couenne et notamment une 6c bien « bloc » travaillée en moulinette.
Dernière matinée à la salle de bloc du coin, où tout est beaucoup trop bien fléché et côté, et où nous expérimentons la kilrerboard ! Après plusieurs jours à chercher des relais, à surveiller la corde et à se demander où était passé le prochain point, retrouver des voies courtes et des blocs colorés a eu quelque chose de reposant.
Le séjour aura également permis d’établir deux hypothèses scientifiques encore insuffisamment documentées. D’abord, les patous sauraient sauter les clôtures électriques ! Et ensuite, selon une légende dont la solidité des sources reste à évaluer, le lac d’Annecy pourrait abriter des « puces de canard ».
Nous repartons donc avec l’impression d’un coin magnifique, mais dont la grimpe se mérite. Les marches d’approche sont parfois longues, les cotations plutôt sèches et l’équipement peut demander un peu d’engagement et d’habitude de la grande voie en terrain montagne.
Nous avons surtout beaucoup aimé la variété de la grimpe et les fameuses cannelures, qui donnent envie de revenir explorer d’autres secteurs autour du lac.
Yan, Inès, et Cyril