
Séjour C13/G13 à Ailefroide, août 2026
Luc FSGT
Membre de Cordée 13

Comme tous les étés, les grimpeur-se-s du treizième arrondissement viennent profiter de la relative fraîcheur estivale et des grandes voies d’Ailefroide. Cette année, nous étions 28 à nous croiser entre le 1er et le 8 août, chacun-e arrivant et repartant plus ou moins librement selon ses disponibilités.
Le camping est une institution incontournable, et la semaine commence à être rodée. Le départ se fait entre 6h45 et 7h chaque matin : c’est le prix à payer pour ne pas être les dernières cordées dans les voies. Le cahier du tarp consigne chaque jour les voies et les équipes choisies la veille, qui se notent au fur et à mesure dans les topos : « Fier VI cambre », « Songe d’une nuit de Sabbat », « Je ne courirai plus » (sic), « Ma qué seulement du 5 », « L’Arête à Francis »… Les participants se comptent désormais en dizaines et le débriefing-apéro ne laisse plus toujours le temps aux récits heureux, pour se concentrer sur les flops et en tirer une expérience commune et quelques conseils de sécurité.
Plusieurs participant-e-s découvraient Ailefroide cette année, parmi lesquels Anthony, Yun et Marc. Pour Anthony, ce fut même la première grande voie de sa vie : difficile de choisir endroit plus approprié pour commencer.
Anne a organisé la routine, le cahier et proposé l’organisation des cordées, avec le principe de changer chaque jour de partenaire. Luc dispense ses conseils quand il n’emmène pas prestement les groupes au pied des voies par les chemins qu’il connaît par cœur, c’est-à-dire à la vitesse d’un sorcier sur son balai. Inès, quelque peu bousculée par cette célérité matinale, et lui vous coiffent alors qu’ils étaient encore tranquillement en train de siroter leur café quand vous vous mettiez en route avec un bon quart d’heure d’avance.
La communication en grande voie aura aussi eu droit à son petit moment de gloire. Une cordée croisée dans la montagne, extérieure à notre groupe, avait choisi de signaler que le grimpeur était arrivé au relais et s’était vaché à grands coups de « PUI PUI ! » lancés dans la paroi. La méthode a nourri la discussion du soir : lorsque les deux membres d’une cordée ne se voient plus, les cris peuvent facilement se mélanger à ceux des cordées voisines. La conclusion collective fut donc de privilégier, dans ces situations, une communication non verbale, notamment par des signaux de corde définis ensemble avant le départ. Chaque cordée peut ainsi choisir sa propre méthode, à condition que les deux partenaires sachent exactement ce que chaque signal signifie.
La voie vedette de la semaine aura probablement été Cascade Blues, parcourue par près de la moitié du groupe. Difficile de résister à une grande voie qui va jusqu’à traverser une cascade : à Ailefroide, même l’eau semble parfois faire partie du topo.

Les jours de repos, eux, restent une notion assez relative. Quelques-un-e-s ont décidé de laisser les chaussons au camping pour aller voir le Glacier Blanc. Repos des doigts, donc, mais pas nécessairement des jambes.

L’hélico vient trop souvent chercher des grimpeur-se-s coincé-e-s au sommet des voies, les déposant parfois au camping, parfois à l’hôpital, et heureusement nous n’avons pas requis ses services. Pour autant, la semaine bien remplie a connu son lot de bobos : un doigt blessé, un steak consécutif à une chute sur les dalles à friction, tous deux ayant pourtant fait suite à des réussites honorables dans des 6b demandeurs. Leurs victimes se remettront, nous l’espérons, très vite.
Les chutes sont d’autant plus mémorables qu’elles n’ont pas toujours lieu dans le dur, mais parfois sur ce caillou qui induit une proprioception particulière entre la pose de pied et la progression en équilibre, auquel les diplômés d’État ont associé la fallacieuse cotation 2D : 2 pour donné. D pour difficile ou pour dur ? Ailefroide, c’est facile et dur en même temps et, en matière de grimpe, c’est surtout du plaisir.

Et puis Ailefroide ne serait pas Ailefroide sans son camping. Notre groupe reflétait aussi une belle diversité de parcours et d’origines, à l’image de l’ambiance très internationale d’Ailefroide. Autour de nous, le camping accueillait des grimpeur-se-s venu-e-s d’un peu partout : Espagnol-e-s, Néerlandais-es et bien d’autres. Dans cet immense camping peuplé presque exclusivement de gens venus grimper, le rythme est curieusement unanime : vers 22h, plus un bruit, ou presque. Même les chiens semblent avoir compris le programme. Quelques heures plus tard, tout le monde se réveille, les cordes sortent des tentes et les premières équipes prennent le chemin des parois.
C’est sans doute aussi pour cela qu’on revient chaque été. Ailefroide est moins un simple site d’escalade qu’une petite Mecque d’escalade, où pendant quelques semaines tout un village semble vivre au même rythme.

Gomme usée. Glaces fréquentes au sein des jardins et tables locaux, le sorbet au cassis marié au génépi, au citron ou à la pêche mais l’emportant statistiquement, au point de se retrouver en rupture de stock.

Beau temps, bonne neige, même si elle ne viendra que dans quelques mois.
Récit écrit par JB et Marc